Ce devait être un « lundi noir », sans manifestation, après plusieurs jours de mobilisation pour réclamer le paiement des arriérés de bourses étudiantes. Ce fut finalement un lundi sanglant. Un peu avant dix heures du matin, les forces de l’ordre interviennent en nombre sur le campus. Des affrontements éclatent et se poursuivent toute la journée : des gaz lacrymogènes sont tirés en direction des résidences universitaires ; des étudiants ripostent par des jets de pierres et des cocktails Molotov ; des interpellations violentes ont lieu jusque dans les bâtiments.
En fin d’après-midi, les forces de l’ordre ont pénétré dans les bâtiments étudiants. Au quatrième étage du pavillon F, un incendie s’est déclaré – à cause de tirs de gaz lacrymogène dans les couloirs, décrit un témoin interrogé par le « Monde ». Pris de panique, des étudiants ont sauté par les fenêtres
Dans une chambre voisine, Abdoulaye Ba, 21 ans, étudiant en deuxième année de médecine, est retrouvé mort alors qu’il s’était réfugié dans sa chambre. L’autopsie fait état de multiples lésions consécutives à des coups. « Il fuyait les grèves et les manifestations, a raconté au « Monde » son frère, Abdul Karim Ba.
Que s’est-il réellement passé sur le campus et dans les chambres universitaires ? Des vidéos, publiées en direct ou dans les heures suivantes et analysées par Le Monde, permettent de retracer la chronologie des faits et documentent l’usage de la force, avec plus d’une centaine d’arrestations et de nombreux blessés.